A quel moment ont-ils cessé, à nos yeux, d’être des êtres humains ?

Un jeune gambien de 21 ans s’est noyé devant une centaine de personnes qui ont assisté passivement à sa mort. Certains sont même allés jusqu’à insulter celui qui était en train de périr sous leurs yeux.

Depuis quand nous est-il devenu supportable de regarder quelqu’un mourir sans même essayer de tendre la main ? Depuis quand sommes-nous capables de remplacer la compassion par des insultes ? Qu’elle est la raison pour laquelle ces personnes en souffrance ont perdu, à nos yeux, le droit d’être aidées, secourues, protégées ou même tout simplement celui de vivre ?

Les avis sont partagés sur le bienfondé de ces êtres humains à demander l’asile en nos terres d’Europe. Après tout, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde !! Certains seraient plus légitimes que d’autres, certaines souffrances plus insupportables en fonction peut-être des images diffusées par les médias. Certains seraient de vrais réfugiés et d’autres simplement venus trouver chez nous une vie facile. La peine est-elle plus grande pour ceux qui ont traversé une guerre sanglante que pour ceux qui sont nés et ont grandi dans la terreur et sans futur dans un pays aux mains d’un dictateur ? Sur une échelle de 1 à 10, où situez-vous votre douleur ?

En écrivant ces mots je pense à ce jeune afghan d’ à peine 20 ans qui a un jour quitté la terre où il est né, ses parents et sa famille, pour risquer sa vie sur un bateau qui l’a amené en Europe. Je le revois, il y a quelques jours, assis sur notre canapé, des larmes plein les yeux en partageant avec nous un reportage de MSF parlant du retour de quelques familles de son ethnie sur ces terres de Bâmyân qu’ils avaient quittées pour fuir les talibans et le massacre des leurs. Je revois ces gens s’acharner à reconstruire un semblant d’abri qui leur permettra de passer un hiver glacial à 3000 mètres d’altitude, enfin chez eux. Comment croire que ce jeune homme ait tout quitté pour survivre seul, loin des siens, logé durant des mois dans la promiscuité d’un abri de la protection civile, uniquement pour bénéficier de notre programme d’aide sociale ?

Des mouvements citoyens naissent chaque jour afin de venir en aide et de permettre l’intégration des migrants arrivés jusqu’à nous, signal fort qu’une partie de la population, jeune ou moins jeune, reste sensible à la détresse et à la fragilité de ceux qui ont tout quitté. Ces bénévoles qui donnent du temps et de l’amitié à d’autres êtres humains en s’ouvrant très simplement à l’autre.

Je n’ai pas la prétention de trouver des réponses aux questions posées mais, par ces quelques mots, je voudrais dire aux parents de ce jeune gambien dont j’ignore le nom que nos pensées les accompagnent et aux familles qui dans le monde ont vu partir vers l’inconnu leurs fils, filles, maris ou autres êtres aimés… nous prenons soin d’eux…